San Francisco
Solo exhibition
2020
Solo exhibition
2020
" J'observe les fragments d'un instant en quête d'éternité "
DAY ONE / L'ŒIL ET LA PHOTOGRAPHIE
La focalisation de notre regard, qu'elle soit pratique, émotionnelle ou intellectuelle, ne révélera jamais qu'une infime fraction du monde visible, même si celui-ci est là, à la vue de tous. Tel un projecteur mobile et adaptable, notre rapport à la réalité n'est qu'un point de vue fini et souvent superficiel. Très tôt, j'ai compris que, paradoxalement, l'immédiateté de notre perception ne garantissait ni objectivité ni perspicacité, et que, par conséquent, la photographie pouvait à la fois dévoiler et révéler la réalité. Au comble de ma fascination pour le visible, j'ai pressenti qu'il ne livrerait sa vérité que de manière détournée et surprenante ; qu'il ne se montrerait à moi que par une sorte de jeu indirect, comme une chasse aux images. Une photographie est dotée d'une forme d'innocence. Si elle semble refléter les yeux fixés sur le sujet, elle peut aussi les surprendre et échapper à leur point de vue, laissant place à une autre réalité.
Mon travail consiste à jouer à cache-cache avec la réalité ; Mais ce jeu obéit à une règle fondamentale, essentielle au sport : il faut mobiliser tout son corps, et non l’utiliser comme un simple outil docile. On ne devient sportif ou sculpteur qu’au prix d’un travail acharné, lorsque le sport ou l’art deviennent des fonctions intrinsèques de la main, du pied ou de l’œil. Une fois que la main du sculpteur maîtrise pleinement la matière, il ne la façonne plus ; il la connaît intimement. Il en va de même pour la photographie. La maîtrise de la technique doit engendrer la même intimité. Pour saisir davantage de fragments du réel, l’œil doit se libérer de toute contrainte et embrasser pleinement l’objectif, qui lui offrira alors le pouvoir suprême d’enregistrer ce qu’il ne voit pas.
Pour moi, la photographie est une chasse, une chasse entièrement instinctive. Dans ce jeu, je procède intuitivement, laissant libre cours à l’objectif. L’artiste n’est-il pas, en fin de compte, ancré dans le présent, par le biais de son corps ? L’acte créatif n’est-il pas une récompense pour une attention extrême et une disponibilité absolue à la réalité ?
C’est cette approche psycho-émotionnelle de la contradiction entre attention et retrait – qui peut s’avérer contre-productive – que j’expérimente pour la première fois dans cette nouvelle série.
Day One January 2019